3 – Accueillir sans activer, est-ce possible ?

Marie-Paule Chapelle

Rapporteuse

 

Table ronde n°3

Que faire si l’aide devient conditionnée par la capacité de l’usager à se mettre en projet alors qu’il n’a pas ou ne veut pas de projet ? Comment prendre en charge les exclus des politiques d’activation ? Des lieux d’accueil sans exigences particulières sont nécessaires pour permettre, pendant un temps non défini, aux personnes de se poser et de se reconstruire, de redevenir sujet. Quel rôle ces lieux peuvent-ils tenir dans le champ de l’intervention sociale ? Quelle reconnaissance et quels moyens existe-t-il pour l’intervenant social ? Qui plus est, un usager ne pourrait-il pas s’autoriser un temps de « réflexion » dans l’ensemble des services ?

 

1. L’accueil

L’accueil est la priorité. Il est essentiel de veiller à prendre la personne telle qu’elle est, comme elle est, là où elle en est dans son parcours. Tous les individus ne sont pas « activables »…

 

2. L’activation

L’activation suppose que l’autre soit passif, est-ce vraiment le cas ?

Actuellement, on assiste à l’activation de tout public (aussi bien les personnes handicapées que les personnes qui font l’objet d’un mandat…), alors, qu’au départ, l’activation concernait les allocations sociales…

 

3. La pression des attentes de la hiérarchie

Accueillir demande du temps. Dès lors, il faut pouvoir défendre, argumenter une position de « non activation » vis à vis de la hiérarchie.

À ce niveau, on constate une inégalité entre travailleurs sociaux. En effet, de jeunes professionnels, ou des étudiants peuvent difficilement défendre leurs positions. Face aux exigences de la hiérarchie, ils adhèrent au projet d’activation… ils activent d’abord et accueillent ensuite !

 

4. Les zones de liberté d’action

Les travailleurs sociaux bénéficient cependant d’une certaine liberté d’action, en raison de leur indépendance technique mais également parce qu’ils peuvent tirer profit des zones d’incertitudes…

Un public précarisé peut se précariser davantage pour éviter l’activation ; il résiste ainsi à l’ « activation » du travailleur social.

 

5. Des lieux sans exigence particulière, est-ce possible ?

Ces lieux « souples » existent, mais ils sont rares et parfois difficilement viables (problème de financement).

Nous en avons répertorié quelques-uns comme notamment les centres de jour adossés aux relais sociaux.

 

6. Conclusion

Il nous semble possible d’inscrire le temps de l’accueil dans notre travail social, pour autant que nous revendiquions notre indépendance technique (déontologie, méthodologie et valeurs du travail social), parce que des zones de liberté existent (zones d’incertitudes) et grâce à la résistance créatrice …

Enfin, nous avons mis en évidence l’importance de développer une posture de militance professionnelle, sur base de partenariat, de coordination, dans une volonté d’interpellation du politique.