2 – Formation généraliste ou spécialisation : quelle cohabitation ?

Anne Ancia
Rapporteuse

 

Table ronde n°2

Certains secteurs du non-marchand exercent de plus en plus de pression pour que les écoles forment des spécialistes ou des intervenants « clé sur porte ». Comment gérer la tension entre la formation généraliste proposée par les écoles et la spécialisation attendue par le terrain ?

Les professionnels sont de plus en plus confrontés à la nécessité d’être efficaces, performants, rentables. Ils sont soumis à de nouvelles normes et procédures, aux référentiels métiers, la standardisation des pratiques professionnelles.

Dès lors, comment la formation peut-elle permettre à l’étudiant de construire son identité professionnelle et ainsi de se situer dans le champ social ? Les écoles peuvent-elles (encore) être un lieu d’échanges et de réflexions pour les professionnels, voire avec eux ? Comment peuvent-elles former et aider à prendre distance et favoriser la concertation autour des pratiques ?

 

Rappel des questions :

  1. La nature de l’enseignement donné correspond-t-il aux attentes des milieux professionnels ?
  2. L’école est-elle un lieu d’échange avec les professionnels de terrain ?
  3. L’école favorise-t-elle la concertation autours des pratiques, permet-elle de prendre du recul par rapport à celles-ci ?

 

1. La nature de l’enseignement donné correspond-il aux attentes des milieux professionnels ?

La formation doit rester généraliste, pour donner le sens du métier. Que ce soit pour les éducateurs ou les AS, il y a des gestes fondateurs à connaître.

Si ce caractère est revendiqué, il ne s’agit pas de faire des « touche-à-tout ». Le défi est de former des « généralistes rigoureux ». Une vision globale n’est pas nécessairement superficielle. Si on se place du point de vue des usagers, il est plus rassurant d’être en face d’une personne capable d’appréhender les choses dans leur globalité. Mais la complexité impose d’être, à la fois, généraliste et spécialiste.

On observe une certaine « pression » des services qui visent une rentabilité immédiate. De leur côté, les professionnels sont souvent en demande de formations « techniques » et « spécialisées », plutôt que réflexives. Se sentir « expert » permet, peut-être, de renoncer à un engagement… c’est parfois une question de survie pour un professionnel qui ne peut faire face à tout.

Une formation « généraliste est-elle viable à terme ?

On baigne dans une forme d’idéologie de la maîtrise et de l’exhaustivité, la demande d’outils va dans ce sens. Comment laisser de la place à du « vide », de l’incertitude ? Il semble qu’avant, la formation laissait davantage de place à de tels espaces. Le facteur temps nous empêche de nous mettre dans une position de recherche, de doute, de disponibilité.

Pour nuancer le propos, il est impossible de former des spécialistes en trois ans. La spécialisation des travailleurs sociaux serait peut-être la capacité d’adaptation à un milieu spécifique, tout en sauvegardant les capacités d’analyse et le sens critique.

La demande du terrain – dans le sens d’une spécialisation – est légitime, mais les écoles ont un rôle à jouer dans ce sens, ce qui implique de ne pas répondre immédiatement aux demandes du terrain.

Ne faudrait-il pas trouver un autre terme que « spécialisation » … pourrait-on parler de « spécifisation » : tout en circonscrivant le regard porté, je regarde l’ensemble.

 

2. L’école est-elle un lieu d’échange avec les professionnels de terrain ?

 

3. L’école favorise-t-elle la concertation autours des pratiques, permet-elle de prendre du recul par rapport à celles-ci ?

(Les questions 2 et 3 ont été traitées simultanément)

Est- ce que l’école peut aider à formuler ce qu’est le métier d’AS, d’éducateur, etc., éventuellement en s’inscrivant à contre courant de ce que pensent et visent les institutions ? Selon certains, les écoles ont un rôle à jouer par rapport au soutien de l’identité professionnelle des travailleurs sociaux, et pour valoriser les méthodes développées dans le cadre professionnel.

Selon d’autres, les préoccupations ne doivent pas nécessairement tourner uniquement autour de la formation, mais aussi autour des problématiques sociales. Peuvent-elles être un lieu de résistance solidaire contre les obligations de rentabilité et sauvegarder la qualité du travail social ? Faut-il résister au système pour ne pas devenir maltraitant ?

Même si les services n’ont pas toujours le réflexe de se tourner vers les écoles, les regards extérieurs permettent de mettre en évidence des paradoxes et de les assumer (l’école peut jouer ce rôle). Dans beaucoup d’écoles, toutes les occasions sont bonnes pour rencontrer des professionnels dans le cadre de la formation. Aller plus loin suscite des réserves et n’est pas facile à mener : cela pose des questions de territoire et de légitimité.

Il y a sans doute des choses à inventer sans perdre nos spécificités : sollicitation d’une cellule de recherche, demande de supervision, etc. À l’inverse, le terrain pourrait être interrogé, par exemple, pour la validation de référentiels de compétences. L’ABFRIS pourrait avoir une influence, mais reste sous-utilisée.

En tout état de cause, les échanges entre formation et terrain sont souvent très favorables et on peut observer, fréquemment, que les difficultés surviennent lorsque écoles et terrains ne se parlent pas.